{"id":1570,"date":"2020-04-21T13:50:15","date_gmt":"2020-04-21T11:50:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.valyans.com\/?p=1570"},"modified":"2026-02-16T18:02:31","modified_gmt":"2026-02-16T17:02:31","slug":"comment-redemarrer-leconomie-interview-avec-saadia-slaoui-bennani-pdg-du-cabinet-valyans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.valyans.com\/en\/2020\/04\/21\/comment-redemarrer-leconomie-interview-avec-saadia-slaoui-bennani-pdg-du-cabinet-valyans\/","title":{"rendered":"How to restart the economy: interview with saadia slaoui bennani, CEO of Valyans"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #333333;\"><strong><em>M\u00e9dias24 consacre une s\u00e9rie d\u2019articles \u00e0 la r\u00e9flexion autour du red\u00e9marrage de l\u2019\u00e9conomie, en prenant l\u2019avis de plusieurs personnalit\u00e9s du monde \u00e9conomique et politique. PDG du cabinet de conseil Valyans, Sa\u00e2dia Bennani nous livre dans cet entretien sa vision de l\u2019apr\u00e8s Covid-19.<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p>Les consultants des grands cabinets sont une esp\u00e8ce \u00e0 part. Biberonn\u00e9s au capitalisme, issus le plus souvent de grandes \u00e9coles de commerce et d\u2019ing\u00e9nieur, ils sont g\u00e9n\u00e9ralement de fervents d\u00e9fenseurs du lib\u00e9ralisme et du libre-\u00e9change. Au Maroc, ils sont notamment derri\u00e8re toutes les grandes strat\u00e9gies des 20 derni\u00e8res ann\u00e9es, marqu\u00e9s au sceau de l\u2019ultra lib\u00e9ralisme. Mais de toute \u00e9vidence, pour les consultants comme pour l\u2019ensemble de la plan\u00e8te, le Covid-19 a tout chang\u00e9.<\/p>\n<p>Consult\u00e9e par M\u00e9dias24 pour donner sa vision de l\u2019apr\u00e8s-Coronavirus, Sa\u00e2dia Bennani, patronne de l\u2019un des grands cabinets de consulting du pays, nous surprend avec un discours nouveau, qui n\u2019a rien \u00e0 envier \u00e0 celui d\u2019\u00e9conomistes et de politiques de gauche.<\/p>\n<p>Ses recettes de sortie de crise sont un croisement entre les id\u00e9es de Ahmed Lahlimi ou de Larabi Jaidi qui pr\u00eachent le creusement du d\u00e9ficit budg\u00e9taire pour relancer la machine et du d\u00e9put\u00e9 FGD Omar Balafrej qui appelle \u00e0 freiner les importations du pays pour donner un coup de fouet \u00e0 l\u2019industrie locale.<\/p>\n<p>Sa\u00e2dia Bennani va m\u00eame plus loin et appelle \u00e0 sortir de la d\u00e9pendance via-\u00e0-vis des IDE, en poussant, par le <strong>d\u00e9mant\u00e8lement de l\u2019\u00e9conomie de rente<\/strong>, le capital marocain \u00e0 investir dans l\u2019industrie et <strong>int\u00e9grer les cha\u00eenes mondiales de valeur<\/strong>.<\/p>\n<p>Femme de terrain, la PDG de Valyans livre \u00e9galement dans cet entretien quelques conseils pratiques aux chefs d\u2019entreprises en vue de mieux pr\u00e9parer la sortie de crise et anticiper les tendances qui fa\u00e7onneront les modes de fonctionnement de l\u2019entreprise de demain.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>M\u00e9dias24\u00a0: Une crise est par d\u00e9finition soudaine. Mais celle que nous vivons aujourd\u2019hui est in\u00e9dite, aussi bien par sa nature que par ses impacts. Les chefs d\u2019entreprises \u00e9taient-ils pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 une telle crise sanitaire\u00a0et \u00e9conomique?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>Sa\u00e2dia Bennani\u00a0<\/strong>: Je pense clairement qu\u2019aucune entreprise, que ce soit au Maroc ou \u00e0 l\u2019international, n\u2019\u00e9tait pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 une crise sanitaire d\u2019une telle ampleur. \u00c7a d\u00e9passe m\u00eame les sc\u00e9narios de films de science fiction les plus imaginatifs. On n\u2019a jamais imagin\u00e9 qu\u2019on allait fermer des entreprises volontairement.<\/p>\n<p>Beaucoup d\u2019entreprises structur\u00e9es avaient envisag\u00e9 une multitude de situations catastrophes. Et avaient \u00e9labor\u00e9 ce qu\u2019on appelle des plans de continuit\u00e9 d\u2019activit\u00e9, des PCA. Mais aucun de ces plans n\u2019avait pr\u00e9vu une catastrophe comme celle-l\u00e0.<\/p>\n<p>On pr\u00e9voyait des ruptures logistiques, des pannes \u00e9lectriques, des attaques informatiques, mais on ne pr\u00e9voyait absolument pas la fermeture pure et simple d\u2019entreprises sur plusieurs semaines. Beaucoup d\u2019entre elles, qu\u2019on connait, ont tout simplement jet\u00e9 par la fen\u00eatre leur PCA et s\u2019efforcent de g\u00e9rer avec les moyens du bord.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>&#8211; Justement. Comment les entreprises g\u00e8rent-elles aujourd\u2019hui cette crise\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>-On ne peut pas parler de l\u2019entreprise dans l\u2019absolu. L\u2019impact est diff\u00e9rent selon la taille de l\u2019entreprise, son secteur d\u2019activit\u00e9. Ce qui est s\u00fbr et certain, c\u2019est que cette crise, par effet domino, est en train d\u2019affecter tous les secteurs de l\u2019\u00e9conomie. Pas forc\u00e9ment au m\u00eame degr\u00e9. Mais tous les secteurs sont concern\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0078b4;\"><em>\u00ab\u00a0Les grandes entreprises disposent de r\u00e9serves de guerre et d&#8217;un pouvoir de n\u00e9gociation avec les banques que n\u2019ont pas les TPME\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p>L\u2019entreprise ne travaille pas dans un circuit ferm\u00e9. Et donc soit sa cha\u00eene d\u2019approvisionnement est rompue, soit ses clients annulent les commandes, ou bien son recouvrement devient un cauchemar\u2026 Toutes les entreprises sont ainsi perturb\u00e9es.<\/p>\n<p>Il y a \u00e9videmment des secteurs qui sont touch\u00e9s plus que d\u2019autres, comme le tourisme, la restauration, les commerces, l\u2019industrie\u2026 Mais ce qui est int\u00e9ressant \u00e0 noter, c\u2019est que l\u2019impact est diff\u00e9rent \u00e9galement selon la taille de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Les grandes entreprises, en g\u00e9n\u00e9ral, disposent de r\u00e9serves de guerre. Un matelas de tr\u00e9sorerie sur lequel elles peuvent s\u2019appuyer. Elles ont aussi un pouvoir de n\u00e9gociation avec les banques que n\u2019ont pas les TPME. Elles ont en plus des stocks, donc quand bien m\u00eame elles ont arr\u00eat\u00e9 de produire, elles peuvent toujours continuer de vendre leurs produits.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0078b4;\"><em>\u00ab\u00a0La r\u00e9duction des d\u00e9lais de paiement, c\u2019est aujourd\u2019hui un acte de citoyennet\u00e9. C\u2019est la vie des entreprises qui est en jeu.\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p>Les TPME, elles, ne sont pas du tout dans la m\u00eame configuration. Surtout que notre tissu de TPME \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fragile bien avant la crise. Cette crise va probablement mettre \u00e0 terre un bon nombre d\u2019entre elles.<\/p>\n<p>Le nerf de la guerre pour toutes ces entreprises, c\u2019est <strong>la tr\u00e9sorerie<\/strong>. La r\u00e9duction des d\u00e9lais de paiement, c\u2019est aujourd\u2019hui un acte de citoyennet\u00e9. C\u2019est la vie des entreprises qui est en jeu.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>&#8211; Les mesures de soutien du gouvernement pour aider les entreprises sont nombreuses. Les trouvez-vous rassurantes\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>-Incontestablement, le Maroc a bien g\u00e9r\u00e9 cette crise sanitaire. Le monde entier salue la mani\u00e8re avec laquelle le pays, face \u00e0 cette crise in\u00e9dite, a pris en mains les choses. J\u2019ai lu quelque part que &#8220;<strong>le Maroc a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00eatre une puissance humaine qu\u2019une puissance mondiale<\/strong>&#8220;. C\u2019est joliment dit. Et juste, car en d\u00e9clarant le confinement tr\u00e8s t\u00f4t, on a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 clairement la sant\u00e9 de nos concitoyens aux consid\u00e9rations \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>L\u2019Etat a tout d\u2019abord cherch\u00e9 \u00e0 limiter l\u2019impact de la crise sanitaire, mais aujourd\u2019hui on doit avoir la m\u00eame pr\u00e9occupation et se tourner vers les entreprises pour limiter l\u2019impact sur leur sant\u00e9.<\/p>\n<p>On a mis en place un certain nombre de mesures pour soulager la tr\u00e9sorerie des entreprises, mais j\u2019ai envie de dire que, pour le moment, <strong>on n\u2019a g\u00e9r\u00e9 que les sympt\u00f4mes<\/strong>. C\u2019est comme donner du Doliprane \u00e0 un patient sans chercher \u00e0 r\u00e9soudre l\u2019origine de la maladie&#8230; Du coup, on finira par payer tout \u00e7a \u00e0 un moment donn\u00e9. Et beaucoup d\u2019entreprises vont devenir insolvables.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0078b4;\"><em>\u00ab\u00a0Le traitement de fond, c&#8217;est la relance de la commande publique, la pr\u00e9f\u00e9rence nationale et le quota de 30% aux PME\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>&#8211; Quel est le traitement de fond qu\u2019il faut prescrire \u00e0 votre avis\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>-La mesure la plus importante que l\u2019Etat devrait mettre en place, c\u2019est la relance de la commande publique. C\u2019est le traitement de fond. La commande publique repr\u00e9sente 50% de l\u2019investissement national. En 2019, on a atteint 198 milliards de dirhams.<\/p>\n<p>On doit donc activer la commande publique. Et c\u2019est plus que jamais le moment de mettre en place certaines dispositions de la r\u00e9glementation des march\u00e9s publics qu\u2019on n\u2019arrivait pas \u00e0 appliquer jusque-l\u00e0. Je parle de la pr\u00e9f\u00e9rence nationale et de l\u2019octroi de 30% des march\u00e9s publics aux TPME. D\u2019autant que la pr\u00e9f\u00e9rence nationale est devenue obligatoire, ce n\u2019est plus optionnel dans la r\u00e9glementation.<\/p>\n<p>Ce sont ces trois leviers qu\u2019il faut actionner rapidement\u00a0: relancer la commande publique, mettre de la pr\u00e9f\u00e9rence nationale dans les march\u00e9s et en r\u00e9server une partie aux TPME. Et \u00e0 moyen terme, il faudra penser \u00e0 mettre en place une vraie politique de substitution des importations.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>-Le protectionnisme est donc une partie de la solution\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>-Ce n\u2019est pas forc\u00e9ment du protectionnisme \u00e0 proprement parler. La commande publique est satisfaite en partie par des importations.<\/p>\n<p>Il faudra qu\u2019on regarde le contenu de ces importations et mettre en place une politique publique pour voir les produits qu\u2019on peut produire en local, au lieu de les importer. Le but n\u2019est pas de faire du protectionnisme, mais substituer une partie de ce qu\u2019on importe par de la production locale. Cela peut se faire en coh\u00e9rence avec toutes les r\u00e8gles du commerce international. D\u2019autant que le Maroc est un bon \u00e9l\u00e8ve en la mati\u00e8re et peut, s\u2019il le faut, s\u2019octroyer quelques flexibilit\u00e9s en cette p\u00e9riode de crise pour sauver ses entreprises.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>&#8211; Sur quel type de produits ou de niches industrielles peut-on appliquer cette politique de substitution\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>-En v\u00e9rit\u00e9, nous n\u2019avons pas aujourd\u2019hui de visibilit\u00e9 sur la nature des importations qui r\u00e9pondent \u00e0 la commande publique. C\u2019est un travail \u00e0 faire. Mais il y a d\u2019autres leviers \u00e0 actionner.<\/p>\n<p>Le Maroc attire des investisseurs \u00e9trangers. Il faut qu\u2019on regarde \u00e9galement si ces IDE nous ont permis de d\u00e9velopper de nouvelles comp\u00e9tences et de nouveaux m\u00e9tiers, ou que ces fournisseurs internationaux sont venus simplement s\u2019installer chez nous sans r\u00e9el transfert de comp\u00e9tences. Auquel cas on doit se demander comment le Maroc peut s\u2019int\u00e9grer dans ces chaines de valeur et devenir lui-m\u00eame le fournisseur de ces entreprises internationales.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>&#8211; Encore faut-il que le capital marocain suive, car jusque-l\u00e0, nos hommes d\u2019affaires pr\u00e9f\u00e8rent investir dans des secteurs prot\u00e9g\u00e9s que de se risquer dans l\u2019industrie&#8230;<\/strong><\/span><\/p>\n<p>-L\u2019entrepreneur marocain est un homo economicus comme les autres. Lorsqu\u2019il sent qu\u2019il y a un avantage \u00e0 op\u00e9rer dans un secteur, il le fait. Mais quand il sent que, par exemple, les r\u00e8gles du jeu ne sont pas les m\u00eames pour tous ou que la technologie peut \u00eatre complexe \u00e0 acqu\u00e9rir\u2026 il n\u2019y va pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0078b4;\"><em>\u00ab\u00a0Il faut \u00eatre fou pour investir aujourd\u2019hui dans l\u2019industrie au Maroc quand on peut op\u00e9rer dans d\u2019autres secteurs \u00e0 des niveaux de rendement beaucoup plus importants.\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p>Il faut avoir une approche globale du sujet et identifier les freins \u00e0 l\u2019investissement dans l\u2019industrie. Et entre nous, il faut \u00eatre fou pour investir aujourd\u2019hui dans l\u2019industrie au Maroc quand on peut op\u00e9rer dans d\u2019autres secteurs \u00e0 des niveaux de rendement beaucoup plus importants.<\/p>\n<p>Il y a une logique d\u2019\u00e9conomie de rente qui existe encore, avec de secteurs privil\u00e9gi\u00e9s, prot\u00e9g\u00e9s. Pourquoi aller donc dans l\u2019industrie et affronter les march\u00e9s, les syndicats, la question de la technologie&#8230; Tout \u00e7a pour dire que c\u2019est syst\u00e9mique. On ne peut pas dire simplement que le Marocain n\u2019est pas entrepreneur. Il faut se demander si l\u2019environnement dans lequel il op\u00e8re l\u2019incite \u00e0 investir dans l\u2019industrie.<\/p>\n<p>Si je peux faire de l\u2019immobilier et bien gagner ma vie, pourquoi irais-je m\u2019aventurer dans l\u2019industrie\u00a0? A un moment donn\u00e9, on avait besoin de produire beaucoup de logements sociaux, et on a fait la bonne politique. Aujourd\u2019hui, on a besoin de d\u00e9velopper l\u2019industrie. Il faudrait donc faire la m\u00eame chose et r\u00e9orienter l\u2019investissement de nos entreprises vers ce secteur l\u00e0.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>&#8211; Cette crise est en train de questionner les mod\u00e8les de production industrielle dans le monde. Le sujet est aujourd\u2019hui sur la table, en Europe notamment, et un mouvement de relocalisation des activit\u00e9s industrielles n\u2019est pas exclu sur le moyen terme. Cela repr\u00e9sente-t-il une menace pour le Maroc\u00a0? Ou plut\u00f4t une opportunit\u00e9\u00a0au vu de la proximit\u00e9 des march\u00e9s europ\u00e9ens ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>-Tout d\u00e9pendra de la dur\u00e9e de la crise sanitaire. Les mesures de relocalisation ne seront absolument pas les m\u00eames si on apprend demain que le virus mute et qu\u2019il menace de ressurgir par vagues ou si, au contraire, on met en place un traitement capable de l\u2019an\u00e9antir une fois pour toutes.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0078b4;\"><em>\u00ab\u00a0On risque de se retrouver dans une logique de reconstruction du monde d&#8217;hier plut\u00f4t que d&#8217;inventer le monde de demain\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p>Si on arrive \u00e0 juguler cette pand\u00e9mie, il y a un fort risque, dont peu de gens parlent, de se retrouver dans une logique de reconstruction du monde d\u2019hier, plut\u00f4t que de r\u00e9inventer le monde de demain. En revanche, si la pand\u00e9mie dure, l\u00e0 oui, elle pourra avoir un impact sur notre mode de fonctionnement actuel. La question reste donc ouverte.<\/p>\n<p>En tous les cas, il y aura une <strong>forte probabilit\u00e9 de relocalisation des produits jug\u00e9s strat\u00e9giques<\/strong>, dans les fili\u00e8res de la sant\u00e9, de la s\u00e9curit\u00e9 et toute autre industrie ou service jug\u00e9 strat\u00e9giques par ces pays l\u00e0. Il est m\u00eame possible que ces pays mettent en place des m\u00e9canismes de subvention des diff\u00e9rentiels de co\u00fbts pour pouvoir relocaliser.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0078b4;\"><em>\u00ab\u00a0On se dirige clairement vers une acc\u00e9l\u00e9ration de la digitalisation, de la robotisation et de la production num\u00e9rique\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p>Autre tendance sur laquelle on doit se montrer vigilant : cette crise va acc\u00e9l\u00e9rer la quatri\u00e8me r\u00e9volution industrielle. Si certains en doutaient encore, l\u00e0 on se dirige clairement vers une acc\u00e9l\u00e9ration de la digitalisation, de la robotisation et de la production num\u00e9rique. Il y aura probablement des relocalisations quand cette r\u00e9volution sera en marche.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>&#8211; Pensez-vous que le Maroc peut profiter de ces mouvements au vu de sa proximit\u00e9 avec les march\u00e9s europ\u00e9ens\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>-C\u2019est le discours qu\u2019on doit avoir vis-\u00e0-vis de l\u2019Europe. Il faut \u00eatre proactif, ne pas subir. Ces pays ont besoin de diversifier leurs fournisseurs, ne pas d\u00e9pendre totalement de l\u2019Asie, surtout que les salaires en Asie montent. Ils peuvent donc concentrer une partie de leurs activit\u00e9s chez nous. Ces pays auront \u00e9galement une autre grande pr\u00e9occupation\u00a0: l\u2019empreinte \u00e9cologique.<\/p>\n<p>Ces deux pr\u00e9occupations europ\u00e9ennes peuvent \u00eatre clairement une opportunit\u00e9, si on se montre proactifs. Gr\u00e2ce \u00e0 nous, les Europ\u00e9ens peuvent diversifier \u00e0 la fois leurs sources d\u2019approvisionnement et r\u00e9duire leur impact environnemental, puisqu\u2019un produit ne fera pas le tour du monde avant d\u2019arriver chez le consommateur final.<\/p>\n<p>Mais il faut en m\u00eame temps qu\u2019on change de paradigme par rapport aux IDE qui viennent chez nous. Les IDE sont volatiles. Il faut qu\u2019on en tire la le\u00e7on. Et qu\u2019on se dise que le principal objectif des IDE, c\u2019est de transf\u00e9rer des comp\u00e9tences et permettre au Maroc de d\u00e9velopper des m\u00e9tiers. Si ce n\u2019est pas le cas, il faut essayer de mettre en place des mesures pour le faire et inciter les Marocains \u00e0 investir dans ces secteurs.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>&#8211; De nombreuses entreprises ont opt\u00e9 pour le ch\u00f4mage partiel pour leurs \u00e9quipes. Ou pour des r\u00e9ductions de salaires. On sent que les salari\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 les premiers sacrifi\u00e9s sur l\u2019autel de cette crise et on imagine mal comment une entreprise peut rebondir rapidement au moment de la reprise avec des \u00e9quipes frustr\u00e9es, d\u00e9motiv\u00e9es. Quels conseils pouvez-vous donner aux managers pour garder le lien avec leurs \u00e9quipes et \u00eatre pr\u00eats pour la sortie de crise\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>-Les entreprises ont d\u00e9cid\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral de r\u00e9duire de 50% les salaires des cadres et ont inscrit les petits salaires dans le dispositif d\u2019indemnisation de la CNSS. Ce sont des d\u00e9cisions tr\u00e8s difficiles \u00e0 prendre. Ce n\u2019est pas quelque chose qu\u2019un chef d\u2019entreprise fait le c\u0153ur l\u00e9ger. En faisant cela, l\u2019objectif c\u2019est de sauver des emplois. Car si l\u2019entreprise coule, il n\u2019y aura plus d\u2019emploi pour personne. C\u2019est une d\u00e9cision extr\u00eamement difficile.<\/p>\n<p>Pour garder les \u00e9quipes motiv\u00e9es dans ce contexte, il y a trois mesures essentielles\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Garder le contact au maximum\u00a0: il faut faire un effort de communication et de transparence avec les \u00e9quipes. Quand on est \u00e0 distance, isol\u00e9 chez soi, on a besoin d\u2019avoir un contact avec l\u2019entreprise, avoir conscience de son \u00e9tat et sentir qu\u2019on fait partie de cette organisation. Les chefs d\u2019entreprises doivent bien expliquer que tout le monde est dans le m\u00eame bateau. Et rassurer sur le caract\u00e8re conjoncturel de cette crise.<\/li>\n<li>Deuxi\u00e8me mesure\u00a0: l\u2019exemplarit\u00e9. Les dirigeants doivent s\u2019appliquer \u00e0 eux-m\u00eames ce qu\u2019ils exigent de leurs salari\u00e9s pour montrer qu\u2019ils sont dans une solidarit\u00e9 totale. Il est important \u00e9galement que les chefs d\u2019entreprises traitent les salari\u00e9s de mani\u00e8re homog\u00e8ne, dans l\u2019\u00e9quit\u00e9 totale. Aucune diff\u00e9rence de traitement ne peut \u00eatre tol\u00e9r\u00e9e.<\/li>\n<li>Communiquer sur les succ\u00e8s\u00a0: le chef d\u2019entreprise doit communiquer r\u00e9guli\u00e8rement sur les succ\u00e8s de l\u2019entreprise m\u00eame s\u2019ils sont tout petits. Pour que les salari\u00e9s continuent d\u2019y croire. \u00c7a peut \u00eatre le cas d\u2019une commande maintenue, d\u2019un fournisseur qui a pu nous livrer, d\u2019une nouvelle commande qui tombe\u2026 En toute transparence, pour montrer qu\u2019il y a un capitaine \u00e0 bord.<\/li>\n<\/ul>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>&#8211; Beaucoup d&#8217;entreprises survivent aux crises mais ne parviennent plus \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la demande quand l&#8217;activit\u00e9 reprend, parce que nombre de leurs fournisseurs ont disparu ou sont eux-m\u00eames en difficult\u00e9 et qu&#8217;une partie de leurs salari\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9s. Quels conseils donneriez-vous aux dirigeants et dirigeantes pour pr\u00e9parer la sortie de crise\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>-Il y a deux fa\u00e7ons de voir cette crise. On peut soit constater les d\u00e9g\u00e2ts et rester fig\u00e9, dans l\u2019inaction. Ou bien prendre le pari de transformer cette crise en opportunit\u00e9. Ou identifier, du moins, les opportunit\u00e9s qu\u2019elle repr\u00e9sente. Ce n\u2019est pas utopique. C\u2019est une question de mindset.<\/p>\n<p>C\u2019est la deuxi\u00e8me option que je recommande. Comment faire\u00a0? Concr\u00e8tement, <strong>il faut mettre en place une cellule de crise au sein de l\u2019entreprise<\/strong>. Cette cellule devra \u00eatre l\u00e0 pour g\u00e9rer trois temps\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Le premier, c\u2019est celui des urgences. Et les principales urgences sont li\u00e9s \u00e0 deux sujets\u00a0: le cash et la r\u00e9duction des co\u00fbts. Cette cellule doit se demander comment r\u00e9duire l\u2019impact pour pouvoir tenir le maximum possible.<\/li>\n<li>Deuxi\u00e8me temps\u00a0: la sortie de crise.\u00a0 Pour la pr\u00e9parer, il faut notamment g\u00e9rer la cha\u00eene d\u2019approvisionnement, la supply chain.\u00a0 Et pour cela, il est absolument essentiel de garder le contact avec les fournisseurs, les clients, \u00eatre \u00e0 l\u2019affut des \u00e9volutions pour pouvoir s\u2019y adapter.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Si on sent par exemple qu\u2019un fournisseur va nous l\u00e2cher, on doit trouver une alternative. Il ne faut pas \u00eatre dans l\u2019attente. Et l\u00e0, on est vraiment en mode cellule de crise. \u00c7a suppose donc de rompre avec les modes habituels de prise de d\u00e9cision. Il faut \u00eatre extr\u00eamement agile et aplanir l\u2019organisation de l\u2019entreprise.<\/p>\n<ul>\n<li>Troisi\u00e8me temps\u00a0: l\u2019avenir. Il faut \u00eatre conscient qu\u2019il y a des chances que l\u2019entreprise de demain ne soit pas la m\u00eame. Cette entreprise sera amen\u00e9e\u00a0 \u00e0 diversifier au maximum ses fournisseurs pour \u00eatre moins vuln\u00e9rable. Elle sera amen\u00e9e \u00e0 se digitaliser et aura beaucoup plus d\u2019opportunit\u00e9s sur son march\u00e9 local qu\u2019\u00e0 l\u2019international. Elle va devoir se pr\u00e9parer \u00e0 tout cela.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il est tout aussi possible que les changements soient mineurs et que les choses reprennent leur cours normal, d\u2019avant la crise. Personne ne peut savoir.<\/p>\n<p>C\u2019est pour cela qu\u2019il faut r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 plusieurs sc\u00e9narios\u00a0: la situation de continuit\u00e9, la situation de changement et la situation o\u00f9 on sera dans quelque chose entre les deux. Et pr\u00e9parer une r\u00e9ponse \u00e0 ces trois possibilit\u00e9s. On est aujourd\u2019hui dans le noir, et quand on manque de visibilit\u00e9, le mieux c\u2019est d\u2019envisager toutes les possibilit\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est ce qui va permettre de se projeter dans un nouveau business model. Et pour d\u00e9finir ce business model, il faut associer au maximum les salari\u00e9s de l\u2019entreprise. Leur permettre de se projeter dans l\u2019avenir, de sortir du marasme dans lequel ils sont aujourd\u2019hui et de renouer avec l\u2019action.<\/p>\n<p>Une fois qu\u2019on a r\u00e9fl\u00e9chi, il faut absolument \u00e9tablir un plan d\u2019action concret et que chacun sache ce qu\u2019il a \u00e0 faire, pour que tout le monde soit tourn\u00e9 vers l\u2019action.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>&#8211; Les crises sont \u00e9galement une chance, des acc\u00e9l\u00e9rateurs de changement. Il y aura forc\u00e9ment un apr\u00e8s Coronavirus qui prendra en compte les effets ou les impacts de la pand\u00e9mie. Quelles le\u00e7ons les managers d\u2019entreprises peuvent-ils tirer de cette crise\u00a0? Qu\u2019est-ce que cette crise appelle comme changements \u00e0 op\u00e9rer\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>-Il y a des <strong>tendances de fond<\/strong> qu\u2019il faut prendre en compte.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re est relative au consommateur. Le consommateur va devenir beaucoup plus soucieux de l\u2019origine des produits qu\u2019il consomme et il va chercher \u00e0 travers sa consommation \u00e0 favoriser la cr\u00e9ation de richesse et l\u2019emploi local. Quand un consommateur europ\u00e9en aura le choix entre une confiture europ\u00e9enne et une confiture marocaine, il n\u2019h\u00e9sitera pas une seule seconde. M\u00eame si la marocaine est moins ch\u00e8re. Il sera \u00e9galement beaucoup plus sensible aux questions environnementales.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me tendance de fond\u00a0: la supply chain. Les entreprises vont devoir chercher \u00e0 r\u00e9duire leur exposition et diversifier au maximum leurs sources d\u2019approvisionnement.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me tendance \u00e0 prendre en compte et qu\u2019on sent avec cette g\u00e9n\u00e9ration Y qui arrive sur le march\u00e9 du travail, c\u2019est l\u2019organisation de l\u2019entreprise. L\u2019agilit\u00e9 va devenir le ma\u00eetre mot des organisations. Les organisations devront s\u2019aplatir, devenir <strong>beaucoup plus horizontales<\/strong>, avec des \u00e9quipes projets qui auront \u00e0 g\u00e9rer des projets en toute autonomie. Et non pas une r\u00e9partition de t\u00e2ches. Dans cette logique, on va de plus en plus favoriser l\u2019innovation. Et cette innovation, elle n\u00e9cessite une diffusion plus large de <strong>l\u2019intelligence collective<\/strong> au sein de l\u2019organisation. Quelqu\u2019un qui travaille sur les achats peut avoir une excellente id\u00e9e sur la strat\u00e9gie. Donc, on va d\u00e9cloisonner les organisations.<\/p>\n<p>Autre tendance de fond \u00e0 laquelle l\u2019entreprise doit s\u2019adapter\u00a0: <strong>la culture d\u2019entreprise<\/strong>. On va aller vers des cultures d\u2019entreprises beaucoup plus bienveillantes, plus empathiques, plus solidaires. Les actions responsables et citoyennes des entreprises seront un v\u00e9ritable avantage comp\u00e9titif pour recruter les meilleurs. Parce que les jeunes sont en qu\u00eate de sens, ont besoin de sentir qu\u2019ils contribuent \u00e0 quelque chose et voudront travailler dans des organisations plus plates mais \u00e9galement citoyennes.<\/p>\n<p><span style=\"color: #333333;\"><em><strong>Article M\u00e9dias24 du<\/strong><\/em><\/span><span style=\"color: #333333;\"><em><strong>\u00a021 avril 2020 :\u00a0<\/strong><\/em><\/span><a href=\"https:\/\/www.medias24.com\/comment-redemarrer-l-economie-interview-avec-saadia-bennani-pdg-de-valyans-9641.html?fbclid=IwAR3e5G0rqmaEgshevJBCWKF86Y-tgWXFM8PdOOgCxoKniBy1a7j4d0YIBy8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Comment red\u00e9marrer l\u2019\u00e9conomie : interview avec Saadia Slaoui Bennani, PDG du cabinet Valyans, sur M\u00e9dias24<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00e9dias24 consacre une s\u00e9rie d\u2019articles \u00e0 la r\u00e9flexion autour du red\u00e9marrage de l\u2019\u00e9conomie, en prenant l\u2019avis de plusieurs personnalit\u00e9s du monde \u00e9conomique et politique. PDG du cabinet de conseil Valyans, Sa\u00e2dia Bennani nous livre dans cet entretien sa vision de l\u2019apr\u00e8s Covid-19. Les consultants des grands cabinets sont une esp\u00e8ce \u00e0 part. Biberonn\u00e9s au capitalisme,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":1572,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17],"tags":[],"class_list":["post-1570","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.valyans.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1570","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.valyans.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.valyans.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.valyans.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.valyans.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1570"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.valyans.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1570\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2481,"href":"https:\/\/www.valyans.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1570\/revisions\/2481"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.valyans.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1572"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.valyans.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1570"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.valyans.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1570"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.valyans.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1570"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}