05 Apr. 2019
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Les enjeux de l’industrie 4.0

La digitalisation en tant que transformation structurelle pour les entreprises concerne l’ensemble des secteurs d’activité. Ceux-ci entament cette mutation à partir d’une maturité digitale qui diffère selon le besoin et la capacité d’intégrer la technologie dans les métiers.

 

L’industrie a encore dans l’inconscient collectif un retard digital, incarné par des machines anciennes et des processus de fabrication polluants. Paradoxalement l’industrie assiste à l’émergence des systèmes cyber physiques qui créent une révolution en son sein, faisant l’augure d’une 4ème révolution industrielle. Chaque révolution industrielle étant permise grâce à une innovation technologique, celle-ci pose les fondements d’une usine digitale intelligente. Cette transformation est devenue un enjeu stratégique dans le positionnement de nouveaux leaders industriels, autour desquels gravitent un ensemble d’acteurs tels que les pouvoirs publics, les entreprises technologiques et bien sur les cabinets de conseil qui définissent et accompagnent cette nouvelle trajectoire stratégique.

 

Nous verrons ensemble quels sont les enjeux de la digitalisation du secteur de l’industrie.

L’intégration de la technologie au sein de l’industrie marque le besoin d’exploiter de nouvelles opportunités de création de valeur au sein d’un secteur de plus en plus orienté client. De fait, les systèmes cyber-physiques permettent de connecter des machines entre elles indépendamment de leur constructeur ou du type de données de la machine. Cette dernière est considérée comme un service où en outre d’intervenir dans le processus industriel, elle agit désormais dans le cycle de vie de la donnée afin de la valoriser et de permettre une visibilité et/ou prise de décision en temps réel par les acteurs compétents.

 

C’est le tournant de la digitalisation du secteur de l’industrie où la donnée devient une matière à part entière et devient un levier d’amélioration du processus industriel. Il n’est pas étonnant de comprendre comment Facebook est valorisée à 2,5 fois plus que la première compagnie pétrolière. L’enjeu est dans un premier temps de cartographier les données, puis d’associer leur traitement à un cas d’usage. La particularité du secteur Industriel réside dans la disponibilité de volumes de données importants, produites par les machines. Orienter l’analyse selon le cas d’usage devient primordial avec un suivi fin du cycle de vie de la donnée, depuis sa collecte jusqu’à la prise de décision.

 

Les principaux besoins pour les responsables industriels sont de rentabiliser les investissements des machines, pouvoir ajuster la chaîne de production selon la demande, réduire les couts de consommation d’énergie et de maintenance. Ainsi, ces systèmes cyberphysiques  associés à des innovations valorisent ces données et créent de la valeur sur chaque segment du processus industriel, répondant aux nouveaux besoins de ces décideurs industriels.

 

Le Big data, Analytics captent ces données industrielles, créent des corrélations et proposent des tendances. A cet effet on parle de maintenance prédictive qui anticipent les incidents et aussi de maintenance prescriptive qui évaluent les composants pouvant être améliorés. Big data, Analytics à l’aide de capteurs peuvent analyser la consommation d’énergie d’une machine pour réduire sa consommation ; mais aussi la performance d’une machine et créer des alertes adressées aux agents pour optimiser l’OEE « overall equipment effectiveness ».

 

Par suite, à une usine digitalisée il est possible de modéliser « un jumeau numérique » qui est la représentation numérique de l’usine. Il permet d’adapter le processus industriel sous un mode « plug and work » où les éléments de la chaîne de production deviennent modulables. L’impression 3D comme tendance peut venir se greffer en amont de cette nouvelle organisation du travail par la réalisation de prototypes complètement personnalisés pour une production agile. D’autres innovations corollaires s’intègrent à cette nouvelle usine intelligente, telle que la gestion automatique de la logistique grâce à des AVG « automated vehicles guided » où des robots pour la réalisation de diverses opérations industrielles. Il en ressort une agilité de l’industrie permise par l’intégration de ces moyens digitaux qui révolutionne les modes de production et la culture industrielle.

 

En effet, la chaîne de valeur traditionnellement orientée sur le cycle de vie du produit, intègre désormais le client et les différentes parties prenantes en amont de la production pour une personnalisation de l’offre. L’analyse des données industrielles voit le développement de plateformes horizontales et verticales avec une communication fluide entre les unités de production et le back office. Typiquement un business analyst informe un exploitant ou un technicien d’une demande particulière sur une commande, qui est réalisée dans un mode flexible.

 

Par ailleurs la mise en relation des parties prenantes grâce à des plateformes collaboratives s’imbrique dans cette nouvelle orientation de la culture industrielle. Sur le sujet des approvisionnements de matières pour les sites industriels, l’acheteur a une visibilité à date des besoins en usine qui lui permet de réaliser un sourcing stratégique auprès des fournisseurs ciblés. Ils peuvent approvisionner plus rapidement et cette collaboration cross fonctionnelle est génératrice de valeur pour le client.

 

La donnée industrielle se voit ainsi liée à la donnée commerciale qui place le client au centre. Donc l’analyse de l’historique de ces données, permettra de fidéliser les clients et de gérer cette relation qu’elle soit pour une personne physique ou morale. L’intégration de la technologie au sein du secteur industriel est marquée par deux volets complémentaires : l’excellence industrielle et une orientation commerciale vers le client. Le digital crée des opportunités d’amélioration et d’optimisation sur une chaîne de valeur agile, qui prône la collaboration avec les parties prenantes.

 

Toutefois cette transformation nécessite une stratégie dans un secteur touché dans son ensemble par le digital où se dessinent déjà des leaders, des innovateurs et des retardataires. Cette stratégie est propre à chaque acteur car elle est singulière à un type d’industrie, à une phase de développement interne et un contexte concurrentiel. La digitalisation reste un processus continu dans l’objectif de dégager de la valeur, ce n’est pas en fin en soi. Il convient donc dans un premier temps de réaliser un diagnostic stratégique pour mesurer une maturité digitale et identifier les opportunités de création de valeur pour chaque client.

 

Par suite, cela permet en accord avec les leaders industriels de formaliser une feuille de route qui vise une situation cible. L’enjeu pour les industriels est de franchir le pas où selon une étude de BPI France encore 6 dirigeants industriels sur 10 ne voient pas l’opportunité du digital pour l’industrie. Se positionner rapidement face aux GAFA qui souhaitent monopoliser les données des clients et ce faisant jouer l’intermédiaire avec les industriels, est un enjeu capital. Certains ont choisi de créer des synergies avec des start-ups pour bénéficier de leur agilité. Le rôle des pouvoirs publics sera lui aussi déterminant pour le développement des industries nationales et régionales.Cette nouvelle configuration suppose une transformation en interne des compétences qui est parallèle à celle de l’entreprise. Les postes sur les segments de la production, qualité, maintenance vont décroître au profit de la R&D, « data science », science de robotique.

 

Enfin des nouveaux enjeux se présentent pour les décideurs tels que la propriété des données qui deviendra un sujet important avec ces nouveaux business models orientés autour de la donnée ; la sécurité des données avec la protection des attaques dans un contexte très concurrentiel ; la relation homme-machine vue d’un prisme social face à des robots de plus en plus intelligents et autonomes.

 

Les industriels ont ainsi une opportunité immense de redorer un blason rouillé face à d’autres secteurs plus innovants et l’Afrique qui a toujours été un laboratoire d’innovations peut tirer profit de cette 4ème révolution industrielle.

 

Auteur :

Nadir Drissi

Consultant chez Valyans